Perte(s)
Etymologie et Histoire
D’un latin populaire perdita (cf. l’italien perdita). Part. passé
substantivé de perdere, " perdre ". Attesté
dès le XIième s. au sens général de " fait de
perdre " et " ce qu’on perd ". En hydrogéologie,
perte (d’un cours d’eau) est signalé en 1760 dans le Dict. d’Hist. Nat. de
Valmont de Bomare. Réf. Arago, 1834 ; Martel, 1900
Définitions existantes
- Le Robert (1973)
- en parlant d’un fluide. Ce qui s’échappe, ce qui se perd. Perte d’eau.
- Géol. Perte d’un cours d’eau : lieu où disparaît,
où se perd une cours d’eau, qui réapparaît ensuite, en formant une
résurgence, après avoir effectué un trajet souterrain.
La perte du Rhône, près de Bellegarde. "
- Dictionnaire Français d’Hydrogéologie (1977)
- Perte (de rivière). Lieu et phénomène de
disparition naturelle totale ou partielle d’un cours d’eau de surface permanent ou
temporaire dans le sous-sol, par infiltration ou par engouffrement, en domaine karstique
principalement.
Perte karstique s’applique plus particulièrement à une perte de
rivière en domaine karstique. Syn. Capture souterraine.
N.B : dans l’usage courant le sens neutre de " lieu de
perte " et le sens actif de " phénomène de
perte " ne sont pas séparables et perte désigne surtout un
phénomène assez localisé, comme source dont il constitue
l’inverse ".
- Perte par infiltration. Infiltration d’eau de surface (nappe ou
cours d’eau infiltrant) à travers le sol, dans la zone non saturée ou
directement dans un aquifère. La quantité d’eau infiltrée,
exprimée en débit moyen, en débit par unité de longueur de
cours d’eau, ou en débit par unité de surface de l’aire d’infiltration
(flux moyen). "
N.B. : Ces deux définitions sont reprises dans le Glossaire International
d’Hydrogéologie de l’UNESCO (PHI, 1ere édit., 1978)
- Dictionnaire français d’hydrologie de surface (1986)
- Perte : Dérivation d’eau d’un cours d’eau à travers le fond
et les berges, par des fissures pouvant atteindre la taille d’un gouffre.
La dérivation peut être partielle ou totale, le cours d’eau ayant alors un
parcours souterrain. S’emploie de préférence au pluriel : les pertes du
Rhône à Bellegarde.
- Pertes en eau : pertes éprouvées par un système d’eau
sous une forme quelconque (évaporation, infiltration, etc..). "
- Glossaire international d’hydrologie (1992)
-
Perte :
gouffre absorbant syn. Perte (d’une rivière)
En terrain karstique, ouverture par laquelle s’engouffre de l’eau, ce qui implique en
général la perte d’un cours d’eau dans une dépression close ou une
vallée fermée.
-
Perte par infiltration (pour traduire l’un des sens de l’anglais
seepage) : Perte d’eau dans le sol à partir d’un canal, ou autre masse
d’eau.
-
Pertes en eau :
- Dans un bilan hydrologique, quantité totale d’eau perdue sur un territoire
donné, durant une période déterminée, par transpiration des
cultures ou de la végétation naturelle et formation du tissu des plantes,
par évaporation de la surface des eaux, du sol humide et de la neige et par
interception.
- Dans l’irrigation, eaux perdues dues aux fuites par des fissures dans un
système de canaux, par évaporation de la surface libre de canaux ou de
fossés, par le drainage d’eau excédentaire et par la percolation profonde au
dessous de la zone des racines.
Définition proposée
- Sens actif (le fait de perdre de l’eau, s’agissant d’un système conducteur ou
d’un réservoir, ou le fait de se perdre, s’agissant de l’eau) Sortie d’eau qui
échappe à l’exutoire considéré normal d’un système
d’eau naturel ou artificiel.
- Sens neutre : l’eau, la quantité d’eau perdue. Par extension : le lieu
où l’eau se perd.
Commentaires
- Dans ses acceptions hydrologiques, comme dans ses sens courants, perte
(employé le plus souvent au pluriel) est toujours un concept relatif aux
critères d’évaluation des sorties d’eau d’un système, antonyme de
profit ou de gain :
- Si l’écoulement de surface est considéré comme une
" production d’eau ", les pertes sont ce qui la diminue et un
déterminant en précise la cause : " perte par
infiltration " ou par " engouffrement "
(en domaine karstique).
- Si l’on se réfère à la dynamique d’une nappe souterraine, les
pertes sont soit ce qui diminue l’infiltration (manque à gagner) ; soit ce qui
correspond à des sorties occultes. " les pertes d’eau sont absolument
nulles par la couverture albienne des sables Verts " (Lemoine & al., 1939)
- Par rapport à l’objectif d’utilisation d’eau, sont qualifiées
" pertes " les quantités d’eau non mobilisées et
valorisées ; certains vont jusqu’à considérer comme
" pertes " les écoulements à la mer... D’autres
étendent abusivement le concept de " perte " à tous les
flux sortants d’un aquifère, hormis les prélèvements.
- Au sens quantitatif les pertes ont la dimension d’un flux, momentané ou moyen en
référence à une période donnée. " Les pertes
de fond de certaines rivières, comme celles du Grand Morin...atteignent
453 m3/h " (Soyer, 1959)
Par rapport au débit du cours d’eau de surface affecté, la perte peut
être partielle ou totale.
- Le sens de " lieu où l’eau se perd " s’applique surtout au
phénomène d’infiltration ou d’engouffrement d’eau courante superficielle,
permanente ou temporaire. C’est l’antonyme de source.
Les pertes localisées spécifiques du domaine karstique
reçoivent de nombreuses dénominations régionales. Exemples, en se
limitant à la France : anthegoule (Vivarais) ;
bois-tout ; embouteillon (Bugey) ;bétoire (Normandie),
embut, embus ou imbut - du latin imbutum, entonnoir -
(Provence, Languedoc) ; emposieux, endouzoir ; fosse (Argonne) ;
goule (Vivarais) ; puisard (Lorraine) ; souci (Auvergne,
Bourgogne, Périgord, Poitou, Rouergue, Saintonge) ; turon (Guyenne).
En définitive le concept de perte apparaît trop relatif, pluraliste
et ambigu pour être bien utile en Hydrologie.
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Jean Margat, Avril 1999 |
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