Isotopes
Etymologie et Histoire
Mot créé en 1913 par le physicien et chimiste anglais Soddy, composé savant du grec isos "égal, le même" et topos "lieu, place", proprement "qui occupe la même place", ici dans la classification de Mendeleïev, avec le même numéro atomique. Le morphème initial iso est très productif dans le vocabulaire savant (isomère, isotherme, isobare etc...)
En français isotope est attesté dès 1914 (Le Radium, déc)
Définitions existantes
- Le Robert :
Chacun des éléments de même numéro atomique (occupant la
même place dans la classification de Mendeleïev), mais de masse atomique
différente.
- Glossaire International d'Hydrologie :
Traceur isotopique : traceur naturel (présent dans l'eau), qui est un
isotope d'un des éléments présents dans l'eau.
- Dictionnaire de l'eau (1981) :
Se dit d'éléments ne différant que par le nombre de neutrons et
présentant des propriétés chimiques presque identiques, ce qui
conduit à les placer dans une même case de la classification
périodique, donc à leur affecter le même numéro atomique.
- Dictionnaire français d'Hydrogéologie (1977):
Isotope du milieu: Isotope d'origine naturelle ou artificielle (résultant
d'explosions nucléaires), présent dans l'environnement naturel à une
échelle globale ou régionale, sans pouvoir être volontairement
modifié, et pouvant servir de marqueur de l'eau.
Définition proposée
Les isotopes d'un même élément (même nombre de protons, nombre différent de neutrons) ne se distinguent entre eux que par un comportement physique et chimique légèrement différent. Présents naturellement dans l'environnement ou apportés artificiellement, ils peuvent être utilisés comme marqueurs de l'eau et des substances dissoutes.
Commentaires
- Certains isotopes sont radioactifs, c'est à dire qu'ils se transforment en
isotopes d'un autre élément (par opposition, les autres isotopes sont dits
"stables"). Les isotopes radioactifs existent naturellement et proviennent soit des roches
(isotopes de l'Uranium, du Thorium, 40K, 87Rb etc.., soit de
synthèses dans l'atmosphère par l'action du rayonnement cosmique (Tritium,
Radiocarbone) sur l'azote, l'oxygène et l'argon. Ces isotopes proviennent aussi du
produit de réactions nucléaires artificielles (explosions et centrales
nucléaires) et passent dans l'atmosphère et les effluents liquides.
- Isotopes dans l'eau
On considère séparément :
- les isotopes de la molécule d'eau, soit, pour l'hydrogène: 1H
(environ 99,99%), 2H (ou D: deutérium, environ 1/6400), 3H ou
tritium (10-18 ou moins dans les eaux anciennes); 16O (99,8%),
17O
(1/1500), 18O (1/500); 17O est très rarement dosé.
- les isotopes appartenant à des substances dissoutes dans l'eau, en particulier
HCO3 (utilisation des isotopes 12C (99%), 13C (env.1%),
14C (env. 10-12 pour les eaux récentes); SO4,
32S (env.4%), seul isotope rare dosé); NO3 (14N,
env. 99,7%, 15N, env. O,3%), etc...
- Deux caractéristiques isotopiques sont utilisées en hydrologie :
- le fait que certains isotopes sont radioactifs permet la datation d'une masse d'eau
isolée: le tritium pour H2O elle même et 14C pour
HCO3. Si la teneur Q0 en ces isotopes est supposée connue en un instant
t0 le temps écoulé au temps t de la mesure est donné par la
quantité d'isotope radioactif disparu depuis depuis t0 : Q-Q0 = e**(-k(t-t0)),
où k est une constante caractéristique de l'isotope radioactif, mieux connue
au travers de la "période radioactive" (0,693/k), qui est de 12,7 ans pour
3H et 5640 ans pour 14C. D'autres isotopes peuvent être
utilisés (10Be, 37Ar etc...);
- pour tous les isotopes, le comportement physique est modifié par la
substitution d'un isotope lourd à un isotope léger, dans les
phénomènes d'évaporation, de condensation, d'échange avec
l'encaissant etc.. Par exemple les molécules H218O et HDO
s'évaporent moins vite que H216O, ce qui fait que l'eau
restante s'en trouve enrichie.
- Applications:
- Datation de l'eau d'aquifères moyennant certaines précautions
théoriques, entre zéro et 50 ans avec le tritium et de quelques
siècles à 100 000 ans avec le 14C.
- Détermination de l'origine de l'eau des aquifères (les eaux
météoriques sont signées par leur teneur en isotopes stables selon
leur origine géographique et leur saison) ; détermination de mélanges
variés, entre eaux de surface, profondes et éventuellement magmatiques;
importance de l'évaporation et/ou de l'échange avec l'encaissant
(utilisation couplée de l'abondance des isotopes de l'hydrogène et de
l'oxygène).
- Un enrichissement artificiel de l'eau en un isotope donné (stable ou radioactif)
apporte un marquage idéal (soumis à autorisation pour les
éléments radioactifs) du fait que le marqueur ainsi formé a un
comportement plus proche de celui de l'aquifère qu'aucun traceur chimique.
Dans tous les cas les mesures doivent être effectuées par des laboratoires
spécialisés, et restent relativement onéreuses, spécialement
pour les datations.
Références :
- Isotopes guidebook, IAEA (Vienne)
- Létolle R. et al., 1993. Les isotopes stables. ADIT (Strasbourg).
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R. Letolle, novembre 1996 |
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