12 - Mise en œuvre d'une politique linguistique mondiale fondée sur le plurilinguisme1

La Conférence générale,

Reconnaissant la nécessité d'améliorer la compréhension et la communication entre les peuples,

Reconnaissant également qu'il est d'une grande importance de sauvegarder le patrimoine linguistique et culturel de l'humanité et de favoriser le rayonnement de chacune des cultures et des langues qui en sont l'expression,

Considérant le péril qui menace aujourd'hui la diversité linguistique en raison de la mondialisation de la communication et des tendances à l'utilisation d'une langue unique, avec les risques de marginalisation des autres langues majeures du monde, voire de disparition des langues de moindre diffusion, y compris des langues régionales,

Considérant également que l'éducation de la jeunesse, partout dans le monde, implique une sensibilisation au dialogue entre les cultures, source de tolérance et de respect mutuel,

Considérant en outre que des progrès notables ont été accomplis dans les dernières décennies par les sciences du langage, mais qu'il n'a pas été tenu suffisamment compte des extraordinaires capacités des enfants à reproduire les sons à l'âge des "périodes sensibles",

Prenant acte de ce que les aptitudes du jeune enfant à assimiler la phonétique et la grammaire sont scientifiquement confirmées,

Considérant que ces aptitudes permettent d'acquérir dans le jeune âge une capacité de communication réelle, passive et active, dans deux langues au moins, quelles qu'elles soient,

Consciente que l'accès démocratique au savoir passe par la maîtrise de plusieurs langues et que favoriser un tel accès à tous est un devoir au moment où se développe dans de nombreux pays un enseignement privé des langues, coûteux et élitiste,

Ayant à l'esprit les résolutions adoptées en faveur de l'éducation bilingue à ses 18e et 19e sessions (1974 et 1976),

Prenant en compte la création par le Conseil exécutif, en octobre 1998, du Comité consultatif pour le pluralisme linguistique et l'enseignement plurilingue, et la création par le Directeur général, en 1998, de la Division des langues, au sein du Secteur de l'éducation,

1 Recommande aux Etats membres :

(a) de créer les conditions de la création d'un environnement social, intellectuel et médiatique à caractère international, en vue de favoriser le plurilinguisme ;

(b) de promouvoir à travers une éducation plurilingue un accès démocratique au savoir pour tous les citoyens, quelle que soit leur langue maternelle et de construire le plurilinguisme ; les stratégies permettant d'atteindre ces objectifs pourraient inclure :

    1. l'acquisition précoce (jardin d'enfants, école maternelle), en plus de la langue maternelle, d'une seconde langue, choisie parmi plusieurs options ;
    2. la poursuite de l'apprentissage de cette seconde langue dans l'enseignement primaire, selon l'approche véhiculaire, c'est-à-dire en utilisant deux langues pour l'acquisition de connaissances tout au long du cursus scolaire et jusqu'à l'université ;
    3. l'apprentissage intensif et transdisciplinaire d'au moins une troisième langue vivante dans l'enseignement secondaire, de telle façon qu'en fin de scolarité l'élève puisse s'exprimer en trois langues - ce qui devrait constituer l'éventail normal des connaissances linguistiques pratiques au XXIe siècle ;
    4. une évaluation des diplômes de fin d'études secondaires en vue de favoriser une maîtrise des langues vivantes qui permette la communication et la compréhension ;
    5. un échange international d'instituteurs et de professeurs du secondaire qui offre à ceux-ci un cadre légal pour aller enseigner leurs disciplines dans les écoles des autres pays, en utilisant leur propre langue et en permettant ainsi aux élèves d'acquérir des connaissances tout en apprenant cette langue ;
    6. la prise en compte dans l'éducation, la formation professionnelle et les entreprises du réservoir de compétences linguistiques que représentent les langues régionales, les langues minoritaires là où elles existent et les langues d'origine des migrants ;
    7. la mise à disposition des enseignants et des autorités éducatives d'un réseau informatique, ainsi que d'une banque de données, facilitant les échanges d'informations et d'expériences ;
    8. de mettre en place un comité national et/ou régional d'étude et d'élaboration de propositions sur le plurilinguisme, afin d'ouvrir le nécessaire dialogue entre les représentants de toutes les professions et de toutes les disciplines pour leur permettre de dégager les grandes lignes d'une éducation linguistique adaptée à chaque pays, mais aussi propre à faciliter la communication internationale, tout en préservant le riche et inaliénable patrimoine linguistique et culturel de l'humanité ;

(c) de favoriser l'étude des langues des grandes civilisations anciennes et modernes, afin de sauvegarder et promouvoir les enseignements littéraires ;

2 Invite le Directeur général à saisir de cette question le Comité consultatif pour le pluralisme linguistique et l'enseignement plurilingue.

37 Projet de recommandation sur la promotion et l'usage du multilinguisme et l'accès universel au cyberespace1

La Conférence générale,

Ayant examiné le rapport que, conformément à sa résolution 29 C/36, le Directeur général lui a présenté sur la mise en œuvre d'activités relatives aux aspects éthiques, juridiques et sociétaux du cyberespace,

Prenant note des résultats des activités consacrées par l'Organisation à la promotion et à l'usage du multilinguisme et à l'accès universel au cyberespace, telles que rapportées dans le document 30 C/31,

Prenant note également de ce que le Directeur général a constitué un Comité consultatif pour le pluralisme linguistique et l'éducation multilingue, conformément à sa résolution 29 C/38 (par. 2.B (b)),

Reconnaissant l'importance du multilinguisme pour la promotion de l'accès universel à l'information, en particulier à celle tombant dans le domaine public, Reconnaissant également l'importance du multilinguisme pour la promotion du pluralisme culturel sur les réseaux d'information mondiaux,

1. Réaffirme sa conviction que l'UNESCO devrait jouer un rôle international moteur dans la promotion de l'accès à l'information appartenant au domaine public, en particulier en encourageant le multilinguisme et la diversité culturelle sur les réseaux d'information mondiaux ;

2. Invite les Etats membres, les organisations non gouvernementales, la communauté intellectuelle mondiale et les institutions scientifiques concernées à appuyer le développement du multilinguisme et de la diversité culturelle sur les réseaux d'information mondiaux et à y contribuer activement en facilitant le libre accès universel à l'information appartenant au domaine public ;

3. Invite les Etats membres à approuver, dans cette optique, la nouvelle stratégie proposée, "Initiative B@bel", décrite dans ses grandes lignes au paragraphe 14 du document 30 C/31 ;

4. Invite le Directeur général, après consultation du Comité consultatif pour le pluralisme linguistique et l'éducation multilingue, à présenter pour approbation au Conseil exécutif, à sa 159e session, la liste des premiers projets s'inscrivant dans ce cadre ;

5. Invite également le Directeur général à prendre les mesures concrètes énoncées ci-après, afin de promouvoir le multilinguisme et la diversité culturelle sur les réseaux d'information mondiaux :

  1. renforcer les activités visant à rendre librement accessible sur les réseaux d'information mondiaux le patrimoine culturel du domaine public conservé dans les musées, les bibliothèques et les services d'archives ;
  2. appuyer la formulation de politiques et principes nationaux et internationaux qui encouragent tous les Etats membres à promouvoir la mise au point et l'utilisation d'outils de traduction et de terminologie pour améliorer l'interopérabilité ;
  3. encourager la diffusion des ressources intéressant le pluralisme linguistique sur les réseaux mondiaux, notamment en renforçant l'Observatoire international de la société de l'information créé à l'UNESCO ;
  4. poursuivre les consultations avec les Etats membres et les organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales compétentes en vue de resserrer la coopération relative aux droits linguistiques, au respect de la diversité linguistique et à la multiplication des ressources électroniques multilingues sur les réseaux d'information mondiaux ;

Invite en outre le Directeur général à lui présenter, à sa 31e session, un rapport sur la mise en œuvre des mesures susmentionnées ainsi qu'un projet de recommandation sur la promotion et l'usage du multilinguisme et l'accès universel au cyberespace

Return to Entry Point | Retour Accueil